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La presse est coupable. Coupable d’avoir sacrifié une part de l’homme, naturellement promise à la liberté, la poésie et l’émotion. L’information est nécessaire. Sa transmission mérite un autre regard. Une sortie de secours. Dans l’espoir avoué d’une information "intelligente", la presse s’efforce de donner un sens à l’actualité, une orientation à la pensée. Chaque information, une fois sa naissance divulguée, est soumise à l’élaboration doctrinale. Justifier, démontrer, plaider, dénoncer, tous les artifices de la pensée se mettent en branle pour nourrir un cerveau en manque de connaissance, en quête de sens. Dans ce rapport étroit de la signification à la vie, le journalisme succombe à la mise en scène des faits et gestes, sans vérifier de quelle manière l’apparence peut biaiser le regard qui ne distingue plus le vrai du faux, la réalité de la comédie. Que reste-t-il aujourd’hui d’Ernest Hemingway, Antoine Blondin ou Tintin, sinon les fragments d’une émotion autrefois ressentie? L’idée serait de pénétrer un corps débarrassé de l’artifice et du sens, de transmettre les fulgurances de l’émotion. Eriger le futile en événement, traiter l’actualité en complément de la presse traditionnelle. On ne verrait plus un acteur en train de jouer, on surprendrait un homme en train de donner vie au grand théâtre de l’Absurde. Tantôt burlesque quand la douleur est jubilatoire. Tantôt tragique quand la douleur est souffrance. Mais toujours vivant.
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